Ca va faire 6 mois que vous me suivez ici. En quelque sorte, vous connaissez. Vous savez quelle est ma vie, mes hésitations professionnelles, mon amour pas toujours facile pour le Sicilien, le réconfort que m'apporte ma Bestiole Adorée... Mais vous ne connaissez pas l'essentiel. Ce qui, au fond, fait de moi ce que je suis.

 

Il y a bientôt 27 ans, au début juillet 1985, je suis née... sous X. J'ai été abandonnée le jour de ma naissance, placée dans un orphelinat. J'ai été adoptée 5 mois plus tard par Monsieur Père et Madame Mère.

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Etre adoptée ne m'a jamais posé de problèmes. D'ailleurs, mes parents ne me l'ont jamais caché et je n'ai pas souvenir de ne pas l'avoir su. Je crois que ma Maman a commencé à m'expliquer les choses alors que je n'avais pas 2 ans. J'ai eu une chance incroyable : une famille merveilleuse m'a ouvert ses portes et son coeur. J'ai été précieuse. J'ai des oncles, des tantes, des grands parents, des cousins et des cousines. On ne m'a jamais traité différemment. J'étais chez moi.

 

Non, ce qui fait mal, qui te bouffe de l'intérieur, qui conditionne ton comportement, ce n'est pas l'adoption. C'est l'abandon.

 

Quand tu as été abandonné, on ne t'a pas voulu. On t'a laissé.

Ma mère ne m'a pas vu, elle n'a pas pu me prendre contre elle, elle ne m'a pas donné de prénom... Elle m'a laissé partir. Elle a renoncé à moi.

Dans ma tête, je trouve ça magnifique, ce sacrifice pour que son enfant puisse avoir une vie meilleure. Qu'il doit y avoir un amour insondable derrière cette décision. Ou alors, j'étais l'enfant d'un viol. Ouais, ça aussi il faut y penser, ça ne sert à rien d'idéaliser.

Dans mon coeur... ça ne va pas. Ouais, même 27 ans après.

Je lui en veux car une "Vraie Mère", ça ne renonce pas à son enfant. Ca ne s'en débarrasse pas. Ca se bat jusqu'au bout. La mienne, elle ne s'est pas battue. Même pas un peu. On lui a pris son bébé et elle a laissé faire.


Je m'en veux à moi aussi. Depuis toujours, au fond de moi, j'ai une pensée que je sais irrationnelle mais qui est pourtant profondément ancrée... Et si, quelque part, c'était ma faute ? Si j'avais été un plus beau bébé, si j'avais fais... , est-ce qu'elle m'aurait gardé ? Est-ce que j'aurais pu la faire changer d'avis ? Oui, je sais, je n'étais qu'un nouveau-né. Mais, je ne sais pas, il aurait pu me pousser des supers pouvoirs pour réussir à tenter ma chance. Réussir à la convaincre. C'est pas juste.

 

Aujourd'hui, je suis grande et je souffre du "syndrôme de l'abandon". Ca veut dire que j'ai une peur panique d'être de nouveau abandonnée mais que, quelque part, je pousse aussi les gens à s'en aller. Ca s'applique surtout aux hommes de ma vie.

J'ai un manque maladif de confiance en moi (ce qui implique une jalousie maladive qui me ronge souvent), une tendance obséssionnelle à m'excuser, une immense capacité à changer pour correspondre à ce que l'on veut de moi. Parce qu'aujourd'hui, je ne suis plus un bébé et que je peux faire ce qu'il faut pour ne pas qu'on m'abandonne. Faire tout ce que je peux. Par exemple, je ne me mets jamais en colère, je ne crie jamais. Sauf avec mes parents, parce que je suis sûre qu'ils m'aimeront encore après. Ironie révélatrice.

 

Ca a ses avantages : je suis trèèèèès forte en argumentaire et ça m'a bien aidé dans le monde professionnel. Bah oui, je passe ma vie à essayer de convaincre les gens de me garder. Je suis une chouette amie : fidèle, loyale, attentionnée. Bah oui, quand un ami me tourne le dos, ça me fait mal bien des années après alors j'essaie qu'ils ne partent pas. Avec moi, pas de conflits inextriquables. Bah oui, je m'excuse systématiquement, même si je suis sûre d'avoir raison. 

Donc je fais tout ça pour garder mes gens. Mes gens de ma vie. Mais, d'un autre côté j'ai tendance à les pousser dehors. Parce que je demande trop d'amour. Qu'ils m'aiment comme aurait dû le faire ma mère. Et ça fait peur. Ca étouffe. Ca fait fuir.

 

Mon rêve dans la vie, ce serait de savoir qui je suis.

Pas "qui" dans le sens, retrouver ma mère biologique et voir la tête quelle a. Non non. Je ne saurais pas quoi lui dire "merci" ou "merde", je ne saurais pas où la mettre dans ma vie, j'aurais peur qu'elle ne veuille toujours pas avoir de contact avec moi...

Je voudrais savoir "qui je suis" dans le sens, connaître ma personnalité. Savoir ce que j'aime ou pas. Savoir ce que j'accepte des autres ou pas. Savoir où sont mes limites. Parce que pour le moment, je n'ai pas de personnalité et, du coup, je ne sais pas m'affirmer. Faut dire qu'il n'y a rien à affirmer. Moi, je ne sais pas ce que c'est d'être fidèle à soi-même, je ne suis fidèle qu'aux autres... Des fois, quand on ne t'a pas voulu, t'as l'impression de n'être personne.

 

Paraît que je devrais me faire soigner. C'est sûrement vrai. Mais j'ai l'impression que ce serait comme ouvrir la boîte noire d'un avion qui s'est écrasé : j'ai peur de ce qui va sortir.

 

Alors je suis dingue mais je reste comme ça. Parce que c'est tout ce que je connaît de moi, c'est tout ce qu'Elle m'a légué.