Bon, j'ai bientôt fini mes jours dans cette prison-bureau où je suis sous la garde rapprochée de Boss Taré.

Au début, ça m'a gonflé de perdre mon boulot pour rien. Surtout pour rien. Mais maintenant, j'ai atteint un taux de je-m'emmerde-je-veux-me-barrer optimal. J'ai bouclé mes dossiers, j'ai tout transmis à Meilleure Amie Bis (qui, j'en suis sûre, remercie intérieurement Boss Taré pour cette agréable surchage de travail qui va égayer ses journées) et, à présent, je me glande consciencieusement 7h par jour derrière mon ordi. Faut pas pousser hein, je ne vais pas m'investir sur les derniers jours. De toutes façons, je me suis investie pendant un an pour le résultat que vous savez, donc...

Du coup, j'ai envie de partir. Du coup, j'étais sûre que je n'allais rien regretter, que rien n'allait me manquer.


Que nenni, petite présomptueuse que je suis !

Il y a une chose que j'avais sous-estimée. Une chose qui me remontait le moral pendant les moments difficiles. Une chose qui me faisait chaud au coeur. Une chose qui arrivait toujours à déclencher chez moi un rire (plus ou moins) intérieur...

 

bisou-francais1J'ai nommé la pratique hasardeuse du français par Boss Taré. Morceaux choisis :

"Je finis de t'expliquer et je te laisse retourner à tes esgourdes". Ca voulait dire qu'il me laissait retourner à mes occupations. Faut dire que j'aurais eu du mal à retourner à mes oreilles, hein puisqu'elles me suivent partout, placées de chaque côté de ma tête.

"Il faut en prendre soin, comme à des petits pains." Vous imaginez, si vous ne preniez pas soin des petits pains, hein ? Et bien, vous n'auriez plus que la prunelle de vos yeux pour pleurer. Et ouais.

"Les produits complémentarisés de la gamme". Non, n'insistez pas, vous voyez bien que vous ne saurez pas ce qui est complémentaire aux produits, non ?

"Qui peut le plus peut le moins, comme pour les omelettes". Ne me demandez pas la signification de celle-ci, je cherche encore. Mais, comme pour les omelettes, il est rare que Boss Taré fasse une phrase sans casser des oeufs.

A Meilleure Amie Bis, qu'il appelait sur son portable durant son après-midi de congé "Excuse moi de te molester...". La prochaine fois qu'il me dérangera, je le molesterai, ça lui en apprendra peut-être la définition.

 

Parfois, à ma grande joie, Boss Taré se risquait à des raisonnements d'une profondeur philosophique insoupçonnée.

"Un être d'amour rayonne de la lumière". J'aurais dû penser à lui coller une margurite dans les cheveux et un joint dans la main, ça l'aurait peut être remis en phase avec son Lui intérieur.

"Non, mais j'ai rien contre les homos moi, mais quand même pas dans la rue... Je ne sais pas moi, ils pourraient se cacher, non ?" Bah en fait, non. Mais si tu as d'autres questions homophobes, n'hésite pas à faire appel à moi hein.

"Les emails et la technologie moderne pourrissent le monde des êtres hûmains". C'est sûr qu'au Pays des Petits Poneys, ils s'en cognent. Sur la planete des Chevaliers du Zodiaque aussi.

"Je ne dois pas te dire de faire les choses, tu dois faire ce qu'il faut faire et que je ne dis pas comme si je te le disais". ..... Serai-ce là la vraie raison de mon licenciement ? Humhum

"Non mais j'ai tout compris, le nouveau commercial ne veut pas se montrer sur Skype parce qu'il est noir... Remarque je le comprend". Tolérance / ouverture d'esprit / paix dans le monde. Euh sinon, c'est pas un peu illégal ce genre de paroles ?

 

Enfin, je garderai un pincement ému dans mon coeur pour les expressions très personnelles de Boss Taré. Lesquelles m'en apprenaient beaucoup sur sa complexe personnalité, scientifiquement appelée : je-suis-frustré-car-je-n'ai-pas-fourré-ma-nouille-depuis-des-mois.

"Il faut connaître la couleur de son slip" : s'utilise dans le cas où l'entreprise voudrait mieux connaître un éventuel futur collaborateur.

"Tu n'as qu'à violer la standardiste" : en mission de prospection, action de réussir à passer le barrage du standard d'une entreprise.

"se branler le cul" : action de ne pas avoir d'action. Synonyme de glander, ne rien foutre, se tourner les pouces. 

"quelqu'un qui n'a plus de pile dans son gode" : état d'énervement non expliqué d'une personne

 

J'avoue donc que ces petits moments de poésie linguistique me manqueront... Heureusement, Meilleure Amie Bis a promis de me les noter après mon départ pour que je continue à en profiter !